Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 00:04 Gisèle Meunier et le masque de l’amour
Des Livres ailés organise sa première rencontre littéraire de l’année 2010 à Joinville-le-Pont.
Elle se tient autour de Gisèle Meunier-Picquet et de son éditrice, Francine Aurand (Edition du bout de la rue). Enseignante et poète, Gisèle Meunier anime des ateliers d'écriture à Ozoir-la-Ferrière (Seine et Marne).
Elles viennent présenter leur dernier roman, Sous le masque de l'amour.
Selon l’éditeur, Gisèle Meunier « étudie, décrit, cisèle tout l’amour d’une femme pour un être qui répond entièrement à ses sentiments mais qui lui cache toute une partie de sa personnalité, peut-être par lâcheté ou par veulerie, ou parce qu’il ne veut pas la perdre.Dans sa recherche de la vérité, la volonté et l’opiniâtreté de cette femme tourne à l’obsession jusqu’à la révélation finale. »
* Rencontre littéraire avec Gisèle Meunier-Picquet samedi 6 février à 15h30 à la crêperie « Rendez-vous gourmand », 7 allée Raymond Nègre à Joinville le Pont (voir le plan) * Renseignements : Des Livres ailés - 06 16 84 90 64 - 01 48 89 41 08
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Par Benoit Willot - Publié dans : littérature - Communauté : Joinville-le-Pont - Ecrire un commentaire 0 Voir le commentaire Voir les 0 commentaires - Recommander
Haïti terre de couleurs, terre de douleurs. Chacun y va de sa petite phrase, de son article, de son émotion qui, face à une telle avalanche de désastres, bouleverse et met en colère. Pourquoi un tel acharnement ? peut-on se demander. Certains veulent y trouver une raison rationnelle pour ce peuple courageux qui s’est battu pour accéder le premier à son indépendance. Alors comme un adolescent trop fougueux de se libérer des chaînes de son tuteur, ou comme un arbre vigoureux explose les liens qui le maintenaient enserré dans un carcan, il devrait payer et pendant encore combien de décennies ou de siècles, son insolence par les fureurs de la terre. Ce serait faire payer bien cher sa liberté à une population qui vit depuis si longtemps dans la misère. À chaque fois que l’on parle de ce pays, c’est pour parler de drames. Drames produits par les diverses dictatures, avec des noms qui font froid dans le dos, des noms qui pourraient représenter des personnages de contes pour enfants pas sages, et évocateurs de souffrances et de terreur. Les Papa doc et Tontons Macoute, puis Baby doc, quelle famille! Quant aux conditions de vie ? L’enfer dans un environnement qui pourrait ressembler au paradis. Des cyclones, des ouragans, des inondations ravageuses, entraînant la désolation, des pertes immenses, des destructions de cultures, et l’absence de nourritures de base, de produits pour se soigner, ce qu’on appelle la Misère. La Misère portant un M majuscule non pour ce qu’elle a de noble, mais pour ce qu’elle a de grand, voire d’extrême. Le nom de ce pays évoque toujours pour moi une amie qui y est partie il y a une vingtaine d’années. France Andrée avait choisi de consacrer sa vie à venir en aide aux enfants d’Haïti. Elle était d’une très grande sensibilité, d’une générosité d’elle-même, se sentant investie d’une mission d’aider les plus démunis dans le monde. Je l’enviais un peu à cette époque, me trouvant moi-même à un tournant important de ma vie. Ma carrière d’enseignante et le besoin d’élever mes deux enfants encore jeunes, ne m’avaient pas engagée à aller au-delà de cette idée. Cependant les années suivantes, j’avais envisagé de m’y rendre pendant la périodes de vacances d’été. Et puis j’ai perdu la trace de France, et les événements de la vie m’ont déviée de ce projet. En cette période si douloureuse comme à chaque fois que se produit de tels drames, chacun s’émeut, voit les images qui défilent sur les écrans de télévision, entend les commentaires répétitifs de journalistes qui veulent témoigner de ce qu’ils constatent sur place. Et cette fois c’en est trop. De partout dans le monde, chacun reste impuissant et ne peut que compatir dans un pays où l’état est devenu si fragile et si faible. Se sentir impuissant provoque un sentiment de culpabilité, tout comme ces victimes qui s’en sortent à côté d’autres personnes qui ont péri. Comme le dit Dany Laferrière, Haïti et sa population n’ont rien à payer. Ils ne sont que les malheureuses victimes des fureurs de la Terre. Et moi je pense à France... Gisèle Meunier Ozoir la Ferrière 16 janvier 2010
Ce mardi 3 novembre, dédicace au Bubble Lounge à New-York, pour la directrice de l'établissement Emmanuelle Chiche. Rencontre fructueuse pour deux passionnées de littérature. Sous le masque de l'amour, édition du bout de la rue (Vanves. France)dans une ambiance cosy qui pourrait bien être le cadre idéal à toutes les confidences, au milieu de quelques bulles... de champagne !
Photo de Gisèle Meunier primée le 24 octobre 2009, lors du premier concours de photos organisé à Ozoir la Ferrière. Cette photo pourrait s'accompagner du poème écrit en 2006
OZOIR D’HIER ET D’AUJOURD’HUI
Ozoir, village de mon enfance, je te retrouve. Hier si humble avec ton unique école témoin de nos rixes, Aujourd’hui si fière de tes groupes scolaires mixtes.
Hier si morne, nos jeudis occupés dans les terrains boisés, Construisant des cabanes tel Robinson Crusoé. Aujourd’hui mille moyens pour distraire et charmer, Faisant de tes enfants des ados cultivés.
Le cinéma du patronage était notre seul loisir, Aujourd’hui ta patinoire fait de toi un petit Paris. Seul le petit marché regroupait les habitants en ce temps, Aujourd’hui que de choix parmi les commerçants.
Le deux roues était le seul moyen de nous déplacer, Aujourd’hui que de bus, RER et parkings dispersés. C’est un appel pressent, tel un élan du cœur, Oui je reviens enfin et découvre une belle ville.
Nostalgie ? Oui. Mais pourtant fierté, Telle une mère voyant son petit devenu adulte et dynamique, Bien vivant prêt à conquérir… PARIS !
- Voyons, Mamie ! Reste modeste ! OZOIR, ne sera certainement jamais si rayonnante. - Mais si mon petit, car j’aime ce petit coin de terre qui m’a vue naître, où la vie coule sereinement au creux de la Ménagerie.
Telle une mère j’en suis fière, et reviens y poursuivre ma vie. Amenant mes enfants et toute leur famille. Nous rapprochant ainsi de notre aïeule défunte, Reposant en terre ozoirienne, comme on dit aujourd’hui.
- Et comment disait-on, de ton temps, Mamie ? - Ozoferricien et Ozoferricienne, lorsque j’étais petite !
NOTE de la maison d’édition : Gisèle MEUNIER-PICQUET signe son quatrième ouvrage, Sous le masque de l’amour, à Edition du bout de la rue. L’auteur étudie, décrit, cisèle tout l’amour d’une femme pour un être qui répond entièrement à ses sentiments mais qui lui cache toute une partie de sa personnalité, peut-être par lâcheté ou par veulerie, ou parce qu’il ne veut pas la perdre.Dans sa recherche de la vérité, la volonté et l’opiniâtreté de cette femme tourne à l’obsession jusqu’à la révélation finale. Extrait : Hélèna sut aussitôt que c'était lui. Elle n'imaginait pas que sa chevelure d'argent lui donnerait cet air sérieux. Il était tout de même différent de ce qu'elle avait imaginé. Était-elle déçue ? Pas vraiment. Souriant mais intimidé, il vint à sa rencontre. "Très élégante avec son chemisier turquoise et son pantalon de toile blanc, pensa-t-il." — Hélèna ? Bonjour. Je suis Hervé, précisa-t-il en tendant la main. — Bonjour Hervé. Excusez mon léger retard. — Ne vous excusez pas. C'est tout à fait féminin et j'aime ça. — Alors. Est-ce que l'on s'est déjà vus ? interrogea-t-elle. — Sans vouloir vous vexer, votre visage m'est tout à fait inconnu. — De même pour moi. Il l’invita dans un café voisin. Elle le suivit en toute confiance. Aussitôt, elle se sentit protégée. Ce qui lui arrivait était magique. Physiquement, il correspondait à l'annonce. Il n'avait pas menti. Lorsqu'ils furent installés devant une table qu'elle avait choisie dans un angle proche de la baie vitrée, tout en parlant, elle l’observa. Rasé de près, il présentait une allure soignée. Un nez bien posé équilibrait son visage. Ses yeux bleu pâle pétillaient lorsqu'il l'écoutait parler de ses projets autant que de son vécu : les études qu'elle avait reprises, sa passion pour les voyages, les sciences occultes, la lecture... Il ne la quittait pas du regard et buvait chacune de ses paroles. Avec son petit côté british et sa peau claire, elle le trouvait attirant. Dans son regard doux, elle avait l'impression de lire dans ses pensées. Il était calme, discret et paraissait honnête. Elle était sous son charme. Dans le faux jour, les prunelles d'Hélèna avaient l'éclat de deux petites perles étincelantes. Sa chevelure tombant sur ses épaules la rajeunissait de près de dix ans. Elle trouvait face à elle, un interlocuteur cultivé, empreint d'une grande modestie. Rapidement, elle se sentit bien auprès de lui. Elle retrouvait l’insouciance de ses quinze ans Commande auprès de l'auteur sur place (15 E) ou : 65 av Edouard Gourdon 77330 Ozoir la Ferrière (15E + 2,90E de port) ou édition du bout de la rue
Pont des ruelles. Site du grand Arc. Tioulevé Monsapey 73
Pour Martine et Francine.
Petit torrent de pierres
Petit torrent de pierres dévalant le coteau, Tu trimballes et tu roules tes flots d’eau fraiche au roulement bruyant. Tu sautes de roche en galet moussu, Tu cours et jaillis sans jamais t’arrêter.
Ton jet est le même de cascade en rocher Avec la même force tu continues ta course, De tes caresses tu polis la nature, Des plus rudes aux plus tendres rocailles.
Et ton chant rythmé sur quelques notes, do ré la si, Sous le ciel ardent jamais ne cesse. Du lever au couchant, la même litanie, Du premier clair de lune à la fin de l’aurore, Jamais ne ralentit ta musique.
Et puis la neige couvrant ton chemin capricieux Apaise ton ardeur de jeune chevalier gai Tu t’endors sous l’épaisse couche blanche Pour renaître à la vie dans un filet menu.
Un petit ru gentil descendant la montagne Un filet d’eau traversant la prairie, La vallée n’est plus loin, tu vois les routes la ville, Où tu rejoindras vite la rivière langoureuse et paisible.
Tu te laisses entrainer par le courant nerveux, Regrettant tes coteaux, ta montagne tes forêts, Les pierres heurtant ton cours,les alpages, Les Alpilles abandonnées loin de toi,sous le ciel bleu puissant.
Le chant des criquets se mêle à ta musique, Formant un concert que même Mozart n’aurait créé. Les clarines dans les prés viennent casser le rythme De ses chants mélodieux berçant les promeneuses.
Une sieste à l'air pur s’impose dans ce site enchanteur Après un pique-nique qu’envieraient les plus fins gourmets. Dans ce lieu magnifique digne de l’Eden Sous un soleil tempéré atténuant leurs petites douleurs.
Nulle envie de quitter ce jardin magnifique et sauvage Qui à nul autre ne peut être comparé. Ce petit coin perdu en toute liberté Où aucun visiteur n’ose s’aventurer.
Petit torrent guilleret de montagne poursuit ta course effrénée vers la plaine. Toi aussi tu languis de grandir, de prendre de l’importance, Jusqu’à te retrouver bloqué dans un barrage Où tes gouttes d’eau mêlées aux flots de tes compagnes, Passées dans des machines où vous serez pressées Pour produire, ô génie ! notre électricité.
Renouveau Le printemps maladif a chassé tristement L'hiver, saison de l'art serein, l'hiver lucide, Et dans mon être à qui le sang morne préside L'impuissance s'étire en un long bâillement.
Des crépuscules blancs tiédissent sur mon crâne Qu'un cercle de fer serre ainsi qu'un vieux tombeau Et, triste, j'erre après un rêve vague et beau, Par les champs où la sève immense se pavane,
Puis je tombe énervé de parfums d'arbres, las, En creusant de ma face une bosse à mon rêve, Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
J'attends, en m'abîmant, que mon ennui s'élève... - Cependant l'Azur rit sur la haie et l'éveil De tant d'oiseaux en fleurs gazouillant au soleil.
Gisèle Meunier sera présente au salon du livre de PARIS Porte de Versailles le MERCREDI 18 mars 2009 après-midi. Elle présentera en particulier "Eugène petit Bourguignon et "Baobabs". Le public pourra la retrouver sur le stand de l'ADELF (Association des Ecrivains de Langue Française)stand V 069. Venez nombreux découvrir ses ouvrages, ainsi que les activités qu'elle propose dans son association Lire, écrire, conter. Le meilleur accueil vous sera réservé.
2009, Année où chaque être humain devrait se coucher le ventre plein... où la peur ne sera plus la norme pour trop de populations... où chaque enfant pourra grandir par l'alphabétisation... où chaque Etat vivra en paix ! Que les puissants fassent de mon rêve, une réalité...
C'est un vieil homme debout à l'arrière du bateau. Il regarde la côte se rétrécir jusqu'à devenir un mince filet, une ligne de terre bordant l'océan. A quoi pense t-il à ce moment présent ? Son pays, la terre de ses ancêtres s'éloigne de son coeur, de tout son être. Le meilleur ou le pire est à venir. Il est le plus âgé parmi ses compagnons. Tous comme lui, navigateurs d'un jour ; ces fugitifs d'un territoire qui leur permet à peine de survivre. Ils se sont lancés dans le projet insensé d'atteindre une contrée fertile. Tous gardent à l'esprit l'image d'un paradis en exil. On leur a dit. C'est promis. Il est des pays où les euros coulent à flot, où la nourriture déborde grassement des étals des supermarchés, où l'emploi demeure pour qui veut travailler. "Et si vous manquez de quelque chose, vous serez pris en charge. l'Etat est là pour ça". Le refrain du passeur a marqué les esprits. Pourtant le vieil homme aurait pu poursuivre sa vie parmi les siens. (copyright gisèle meunier déc 2008)
C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau.
Il regarde la côte se rétrécir jusqu’à devenir un mince filet, une ligne de terre bordant l’océan.
À quoi pense t-il à ce moment présent ? Son pays, la terre de ses ancêtres s’éloigne de son cœur, de tout son être. Le meilleur ou le pire est à venir. Il est le plus âgé parmi ses compagnons. Tous comme lui, navigateurs d’un jour ; ces fugitifs d’un territoire qui leur permet à peine de survivre. Ils se sont lancés dans le projet insensé d’atteindre une contrée fertile. Tous gardent à l’esprit l’image d’un paradis en exil. On leur a dit. C’est promis. Il est des pays où les euros coulent à flot, où la nourriture déborde grassement des étals des hypermarchés, où l’emploi demeure pour qui veut travailler. « Et si vous manquez de quelque chose, vous serez pris en charge. On vous aidera. L’État est là pour ça ». Le refrain du passeur a marqué les esprits.
Pourtant le vieil homme aurait pu poursuivre sa vie parmi les siens. Pris d’un doute il reste silencieux et médite. Maintenant c’est trop tard. Il écoute les jeunes de son village, inquiets et cependant enthousiastes dans cette pirogue de fortune.
Certains ne supportent pas les mouvements de la mer. Leurs estomacs, pourtant peu chargés avant le départ, se vident d’une bile âcre. Les rejets acides façonnent des visages torturés. L’espoir est plus fort que le mal. Les promesses des passeurs chantent dans leur esprit, telle une ritournelle.
Tous ont le regard dirigé vers la proue de l’embarcation, vers l’Europe, vers ce qu’ils savent être leur seul avenir.
Mais lui le vieil homme repense à toute sa vie qu’il abandonne sur sa terre africaine. Il se met à rêver. Il ne sait plus s’il doit se réjouir ou se lamenter. Il n’entend plus les autres passagers. Son regard vide rivé sur l’horizon, il écoute les vagues claquer contre la coque. Il échappe à l’enthousiasme fragile de ses compatriotes. Il est ailleurs.
Et puis lorsque les rayons du soleil caressent les flots luisants et font se confondre le ciel et l’océan, il se voit porté par des nues indigo. Il se souvient de son enfance dans la communauté de sa tribu sérère. La sobriété a toujours été la règle de vie du village. Et pourtant il lui semble maintenant qu’il ne manquait de rien. La vie était là et il l’avait faite sienne, sans crainte d’insuffisance, ni redouter les restrictions. Pourtant tous vivaient au jour le jour, de quelques récoltes de mil, d’arachides ou de la production florissante de légumes pendant la saison des pluies.
Il se souvient du jour où des voyageurs de passage avaient laissé quelques cadeaux. Il y avait parmi les victuailles, savons et bougies, un livre d’images. Ce livre était une porte ouverte sur un monde qu’il ignorait totalement. C’était un livre des oiseaux les plus communs d’Europe. Des hirondelles, des moineaux de Paris, des rouges-gorges ou des pigeons voyageurs.
Tout comme lui ce jour là, certains de ces volatiles migraient vers des régions du monde favorables à leur reproduction ou pour échapper aux rigueurs de l’hiver du Nord.
Une vague, heurtant violemment la pirogue, l’éclabousse jusqu’au visage. Il quitte son rêve éveillé et se trouve à nouveau plongé dans l’euphorie inconsciente des autres fuyards. Le masque du doute couvrant son visage contraste avec la joie feinte de ses partenaires.
Seul un autre homme se tient debout à l’avant du bateau : le passeur ne les lâche pas de l’œil. Il s’est empli les poches de toutes les économies de ces hommes crédules.
Le soleil est bien bas maintenant, rasant l’horizon. Dans quelques minutes les hommes seront plongés dans la nuit. La lune déjà brille, atténuant l’angoisse que serait une traversée dans l’obscurité. La lune, seule présence lumineuse dans cet univers opaque leur permet de se rattacher à la réalité. Le froid et les embruns les pénètrent. Les repères perdus, ils se serrent les uns contre les autres. Où se trouvent-ils dans cette étendue immense ? Combien de temps, combien de jours et de nuits encore durera la traversée ? La fatigue a raison de quelques uns.
Le vieil homme s’est accroupi, comme si l’effort avait eu raison de lui. Dans son langage intérieur, il prie. Il prie les dieux de la mer, des cieux et du temps d’avoir pitié de leur expédition. Tous les hommes maintenant font silence. Seule une plainte ça ou là pour le manque de confort, des malaises nauséeux. L’espace restreint ne permet pas de s’installer pour un moment de sommeil. Seuls l’épuisement, la soif et la faim, faire incliner les mentons vers les gorges d’ébène.
Le passeur à l’avant du bateau scrute alentour du plus loin qu’il peut. Une boussole de pacotille lui fixe les repères.
Et puis le vent se lève. Un souffle qui berce l’amas de passagers. Comme lorsque leur mère les berçait, ils ont trouvé le sommeil. Et puis les vagues s’élèvent, chahutant l’embarcation en tous sens. Les hommes sursautent, saisis par l’agitation qui les inquiète. Chacun s’accroche à son voisin. Une rumeur angoissante monte. La peur a raison des plus téméraires. La panique devient contagieuse. Le passeur appelle au calme. Mais les hommes n’entendent que le grondement de l’océan. La lune disparaît derrière les nuages. Un éclair zèbre le ciel. Puis le tonnerre annonce que le ciel va se vider sur la trentaine d’occupants de ce rafiot fragile. Ils sont déjà trempés par l’eau salée qui s’élève au-dessus d’eux. Il faut écoper. Avec des récipients de fortune, gobelets servant à étancher leur soif, quelques uns raclent le fond du bateau. Un nouveau coup de tonnerre suivi d’éclairs fuyants, ébranle la nuit profonde. Les hommes tentent de se terrer sous une bâche peu étanche.
Le vieil homme lui, sait. Il a reconnu les signes de la fin prochaine. Comme le sage monastique, il a confié son âme à Dieu. De son corps, il n’a que faire. Il est resté à l’arrière de la pirogue, ne cherchant plus à lutter contre une aventure qu’il sait sans issue. Les pleurs, les appels de ses congénères, son impuissance face à l’impossible issue de cette traversée...
Il a réfléchi. Il a choisi. Il refuse l’agonie cruelle à laquelle ils sont tous voués. Il se redresse, reste muet, regarde les vagues où se mêlent les trombes d’eau de l’orage, et d’un sursaut se jette par-dessus bord.
La surprise est totale. Chacun se replie sur soi de peur d’être entraîné dans son sillage. La peur cloue au fond du rafiot des hommes taillés comme des géants. Personne ne voit plus le corps aspiré par la noirceur du déluge. Seule son âme les accompagne jusqu’à leur sépulture aqueuse.
Le vieil homme savait. Il voulait rester maître de sa vie et choisir jusqu’au dernier acte de cette tragique comédie. Il savait que la pirogue serait, à tous, leur dernier linceul. Il a choisi de partir le premier.
Lorsque les sauveteurs arrivèrent sur place, ils ne trouvèrent que des corps gonflés comme des outres, éparpillés par la marée furieuse et la colère des cieux. Des trente Africains partant pour un Eldorado d’espérance, aucun n’atteignit jamais les côtes méditerranéennes. On n’eut pas à repêcher le capitaine. Il était le seul harnaché à un anneau fixé sur la coque de la pirogue.
"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux l'autorité de personne, alors c'est là, en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie." Platon (IVe siècle av. J.C.)
Je ne comprends plus. Je me demande si j'entends bien ce qui se dit sur les ondes de mon poste de radio. Hier je recevais au courrier une demande d'aide financière pour une action contre la faim. Une seringue pour prouver comment on administre médicaments et nutriments aux malheureux enfants rachitiques, n'ayant plus la force d'entrouvrir les lèvres. La veille un appel de la Croix Rouge, enveloppe prétimbrée pour le retour, et encore une demande d'Handicap International pour les enfants meurtris par les guerres ou l'absence de soin. A mon réveil, le poste annonce qu'un paysan père d'un petit enfant de deux ans, en Ethiopie, n'avait pas l'argent nécessaire pour emmener son bébé au centre de soin. Toute la population souffrait du manque de pluie et les récoltes étaient très largement insuffisantes. Il n'avait presque rien pu vendre de sa très maigre récolte, et bien sûr il n'avait rien pour nourrir sa famille. Ils font cuire des racines, d'on ne sait quoi, qu'ils transforment en une espèce de bouillie, un genre de pain. Tout cela annoncé parmi les milliards virtuels d'euros ou de dollars échangés ou mis à l'abri pour certains, la crise financière. Elle affecte surtout ceux qui n'ont rien. Ils auront désormais moins que rien... En effet plus d'un milliard d'êtres humains n'ont rien à manger. Puis environ une heure plus tard, sur la même station de radio, il est question de faire entrer au patrimoine de l'UNESCO, la qualité de la cuisine française. Je ne dénigre absolument pas les talents de nos grands chefs, et on peut en être fier. La cuisine est bien un des fleurons de notre pays, dans le monde entier. Mais n'était-il pas indécent de placer ce sujet à ce moment, alors que nous entendons parler partout de la lutte contre la faim. Pour le prix d'un plat chez un de ces grands chefs, combien de familles pourraient-on nourrir en Afrique ou ailleurs ? La passion, le talent, la qualité de ces grands cuisiniers ne fait aucun doute. J'aime aussi les bons plats. Pourtant je me sentais gênée d'entendre vanter ces bons produits en ayant encore à l'esprit ce que j'avais entendu une heure plus tôt sur la famine, et lu le courrier des associations humanitaires. Où va le monde ? (article publié dans certains journaux de la presse régionale).
Vous êtes-vous déjà posé la question ? Tentez d'y répondre sans trop réfléchir... Vous vous étonnerez vous-même.
Et pourquoi lisez-vous ? Trouvez-vous un rapport entre ces deux activités ? Vous paraissent-elles complémentaires ?
Plaisir pour les uns, corvée pour les autres, bonheur suprême de jouer avec les mots, tout comme un musicien s'amuse avec les notes de musique...
Plaisir, besoin, jouissance, corvée, torture mentale... de la souffrance à la folie ou à la jouissance sensuelle, n'atteindrait-elle pas le paroxysme de la passion ? G M 31/12/2008
Un écrivain se pose t-il la question ? Il ne saurait peut-être pas y répondre ! Pourquoi vouloir laisser une trace, une empreinte des pensées les plus farfelues ou les plus intimes ? Pourquoi ne pas les laisser s'envoler, nous échapper et atteindre le firmament vers un ailleurs, un autre temps, un univers ? Quelquefois, le papier sur lequel je trace des mots, est comme un mouchoir où je peux verser des larmes lorsque la peine coule à flot. Ecrire c'est un bouquet de fleurs que l'on offre en quelques vers pour dire "Je t'aime". Ecrire c'est comme une hirondelle qui porte le message du printemps à une demoiselle. Ecrire c'est quelquefois le bandeau noir d'un faire-part annonçant le départ d'un parent, d'un ami. Ecrire c'est tracer des mots que l'on ne peut se dire. Ecrire c'est passer du temps à broyer du papier blanc pour ne pas mâcher des idées noires. Ecrire c'est peut-être quelquefois souffrir, c'est perdre aussi du temps, mais garder en mémoire toutes nos histoires, nos pensées.
Les organisateurs et personnalités régionales attachent autant d'importance aux auteurs dans l'ombre, qu'à ceux qui brillent par les différents médias. Preuve, s'il est besoin, qu'il ne faut pas se décourager, et surtout tenter absolument de parvenir à briller par son talent, afin d'être digne de l'intérêt que l'on daigne nous porter. Toujours se remettre en question, voir, écouter ailleurs les conseils que l'on peut nous donner. La simplicité, la sincérité dans ce que l'on entreprend, le courage de ne pas baisser les bras, l'entraide et l'ouverture aux autres, quoi de plus naturel ? Merci aux responsables d'avoir fait une place à notre jeune, mais néanmoins dynamique association.
Il me semble entrer en territoire inconnu et sauvage. Comme une terre encore vierge de toute humanité. Et pourtant, je me souviens...
Cela commence comme un roman. Essayez-vous aussi. Laissez-vous entraîner par vos souvenirs...
Derrière chez moi, y’a une forêt...
Où j’aime aller me promener,
Retrouver mes souvenirs d’enfance,
Et quelquefois me ressourcer.
Derrière chez moi, y’a une forêt,
C’est la nature qui m’a bercée,
Au fin fond des sous-bois de France,
Dans mon coin de l’Archevêché.
Derrière chez moi, y’a une forêt,
Où fleurissent coucous et muguet
Qu’elle est profonde et verdoyante
La vaste forêt d’Armainvilliers
Gisèle Meunier 3 juin 2008
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